Reconnaître les droits des minorités sexuelles n’est ni un caprice ni une importation occidentale : c’est une exigence universelle de dignité.
La diversité des orientations sexuelles existe dans toutes les sociétés, de tout temps. Ce qui distingue un pays qui avance d’un pays qui s’enferme, c’est la manière dont il traite cette réalité. Il nous faut dépasser le déni et l’hypocrisie sociale.
La toile se délecte d’un nouveau scandale à connotation sexuelle. Les bien-pensants, gardiens autoproclamés des bonnes mœurs, se passionnent à ce qui se passe dans l’intimité de leurs concitoyens. Ils ont de toute évidence un problème non résolu.
Le politique se frotte les mains : on va pouvoir parler d’autre chose que de ces jeunes enfermés morts de soif, des prisonniers politiques, des pénuries d’eau et d’électricité.
Pourtant, qui ne connaît pas d’homosexuel dans son entourage proche ? Est-ce un crime ? Est-ce un choix ? Non, c’est une orientation sexuelle personnelle, naturelle comme toutes les autres et elles sont nombreuses.
En Tunisie, elle se traite à coups de matraque. L’article 230 du Code pénal, hérité du protectorat français de 1913, punit jusqu’à trois ans de prison des relations consenties entre adultes. Le texte français parle d’actes ; la version arabe, elle, condamne « l’homosexualité » elle-même. Ce flou n’est pas un oubli : c’est un permis d’arbitraire, qui jette des jeunes gens à la rue et les prive de travail et de famille.
Et l’arbitraire s’aggrave. Entre septembre 2024 et fin 2025, l’association Damj a recensé au moins 115 arrestations liées à l’orientation sexuelle ou à l’identité de genre ; 38 personnes ont été condamnées sur ce seul fondement. En juillet 2025, une nouvelle vague a frappé Tunis et Djerba : quatorze interpellations en quelques jours. En mars 2026, l’État est allé plus loin en se retirant du protocole permettant aux particuliers de saisir la Cour africaine des droits de l’homme, fermant une voie de recours de plus. Shams, pionnière de la défense des minorités sexuelles, est elle-même menacée de dissolution.
Les autorités continuent, en outre, d’imposer des examens anaux forcés pour « prouver » l’homosexualité. Cette pratique est une torture, dénoncée par l’ONU, l’OMS et l’Association médicale mondiale. Aucun médecin ne devrait jamais y prêter la main.
Cette diversité n’a rien d’une invention moderne : des poètes arabo-musulmans comme Abou Nouwas ont chanté l’amour entre hommes. L’islam, comme toute religion, peut être une voie de justice, pas un prétexte à la persécution.
La dignité humaine figure pourtant dans la Constitution tunisienne et les engagements internationaux de la Tunisie. Mais l’article 49, censé encadrer les restrictions aux libertés, sert à justifier l’injustifiable : au nom de « la moralité », on maintient une loi coloniale.
Dès 2018, la Commission des libertés individuelles et de l’égalité (COLIBE) recommandait l’abrogation pure et simple de l’article 230. Le gouvernement, pourtant présenté comme moderniste, n’a jamais ouvert le débat ; la répression n’a fait que s’intensifier depuis
Le droit d’être soi ne devrait jamais dépendre du bon vouloir d’une majorité bien-pensante. Il n’y a pas de droits de seconde zone : le respect de la vie privée, de l’intégrité corporelle et de la liberté d’aimer sont les fondements mêmes de la dignité humaine. L’histoire le prouve : là où les minorités sont bafouées, le machisme domine et la régression sociale s’amplifie.
Il est temps d’abolir l’article 230, d’interdire les examens anaux et de protéger, enfin, ceux que l’État persécute au lieu de les protéger. Car la dignité humaine est indivisible. Et le droit d’être soi n’est pas négociable.
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