Messieurs Zemmour, Retailleau, Bardella, Philippe, Sarkozy, on ne peut pas les nommer tous tellement ils sont devenus nombreux ces derniers temps, Messieurs vous qui avez fait de l’Arabe et du Maghrébin le coupable idéal de chaque malheur national, un mot : Seine.
Le 17 octobre 1961, environ trente mille Algériennes et Algériens manifestent pacifiquement à Paris contre un couvre-feu qui ne vise qu’eux. Ils sont « Français musulmans d’Algérie » : Français quand il s’agit de libérer la France, jamais quand il s’agit de les traiter en égaux.
La réponse de la République a un nom, Maurice Papon, préfet de police, et un bilan : près de douze mille arrestations, des hommes matraqués, parqués au Palais des Sports ou à Coubertin, des corps jetés dans la Seine. Le pouvoir annonce alors trois morts. Les historiens ont établi depuis l’ampleur du massacre : plusieurs dizaines de victimes au minimum, avec des estimations allant jusqu’à plusieurs centaines. Le chiffre exact demeure inconnu, parce que le silence a précédé la mémoire.
Maurice Papon n’était pas un inconnu de la violence d’État. Haut fonctionnaire de Vichy, il fut condamné en 1998 pour complicité de crimes contre l’humanité, pour son rôle dans la déportation de Juifs de la région de Bordeaux vers Drancy. Le même homme dirigea la répression du 17 octobre 1961.
Voilà l’ironie. Vous vous présentez comme les défenseurs d’une France menacée par l’étranger et l’islam, mais vous invoquez un héritage dont l’un des visages fut celui-là : un État qui désigne, fiche, parque, déporte, noie puis appelle cela l’ordre.
Vous exigez des Maghrébins qu’ils soient reconnaissants. Reconnaissants de quoi ? D’avoir été colonisés, dépossédés, humiliés, puis noyés ? Ils ont pourtant construit vos routes, vos immeubles, vos usines. Ils sont morts dans vos tranchées de 14 et sur vos champs de bataille de 44. La France les a appelés quand elle avait besoin d’eux, puis les a traités en suspects quand ils ont réclamé leurs droits.
Votre rhétorique n’est pas nouvelle. Désigner une population, la rendre suspecte, la priver d’humanité : c’est la grammaire qui a rendu possible la nuit du 17 octobre. Quand vous parlez de « grand remplacement », de « submersion », de « fermeté », vous ne faites que la répéter.
Cette grammaire a conduit au pont Saint-Michel, où une main anonyme écrivit : « Ici on noie les Algériens. »
Soixante-cinq ans après, nous demandons la vérité, l’ouverture complète des archives, l’enseignement de cette histoire et un hommage national aux victimes. Rien de plus. Rien de moins.
Vous ne le ferez pas. Car reconnaître le 17 octobre, ce serait admettre que la République a su être criminelle, et que votre nostalgie d’une France d’avant ne cache pas la pureté que vous dites, mais un fleuve.
Alors continuez à vociférer, Messieurs. Mais n’oubliez pas ce que charrie la Seine.
Elle, au moins, n’a rien oublié.
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